20/06/2026

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Taiwan aujourd'hui

La sagesse des arbres

25/07/2020
Un campement du Parc naturel éducatif de Xitou, dans la forêt expérimentale de la NTU, à Nantou, dans le centre de Taiwan.
Aimable crédit de l’administration de la forêt expérimentale de l’Université nationale de Taiwan

Les forêts expérimentales sont l’un des piliers des politiques de conservation et de développement des espaces forestiers de Taiwan.

S’étendant des hauteurs de Yushan, le point culminant du pays à 3 952 mètres d’altitude, jusqu’aux rives sud de la rivière Zhuoshui, la forêt expérimentale de l’Université nationale de Taiwan (NTU) est l’une des plus spectaculaires zones boisées dont soit doté un institut d’enseignement supérieur d’envergure internationale. « La diversité des altitudes et des écosystèmes qui s’y trouvent représente un microcosme des différentes forêts existant à travers le pays, précise Tsai Ming-jer [蔡明哲], professeur à l’Ecole de conservation des forêts et des ressources de la NTU. C’est un endroit idéal pour l’enseignement et la recherche. »
 
Tsai Ming-jer dirige l’administration de la forêt expérimentale de la NTU et partage son temps entre le campus de Taipei et le district de Nantou, dans le centre de l’île de Taiwan. D’une dimension totale de 32 770 hectares, la forêt y traverse les communes de Lugu, Shuili et Xinyi. Les bureaux de l’administration sont quant à eux situés à Zhushan.

Les étudiants de la NTU viennent de Taipei pour suivent des cours d’agriculture dans la forêt expérimentale. (Aimable crédit de l’administration de la forêt expérimentale de l’Université nationale de Taiwan)

Le terrain montagneux appartenant à la NTU est un héritage de la colonisation japonaise de Taiwan (1895-1945). Administrée à l’origine par le département d’agriculture de l’Université de Tokyo, la forêt a été transférée à la NTU par le gouvernement peu de temps après la Seconde Guerre mondiale. Cette toile de fond historique a conduit à un chevauchement administratif unique en son genre : la juridiction de la NTU est partiellement croisée avec celle du Parc national de Yushan et les deux parties organisent chaque année des réunions de direction conjointes pour s’assurer d’être toujours à l’unisson. « Nous travaillons ensemble à préserver les ressources naturelles et à assurer le bon fonctionnement des industries forestières », explique Tsai Ming-jer.

Des trésors nationaux

La NTU n’est pas la seule université de Taiwan à pouvoir s’enorgueillir de posséder une forêt primaire. Non loin de là, les 7 477 hectares de la forêt de Huisun, à Renai dans le district de Nantou, sont gérés par le département des forêts de l’Université nationale Chung Hsing. L’établissement, basé à Taichung, administre également trois forêts expérimentales de plus petite taille, à Taichung, New Taipei et Tainan. Ces terrains sont eux aussi des héritages de la période coloniale. A l’époque, Chung Hsing était encore une branche spécialisée dans l’agriculture et la foresterie de l’Université impériale de Taipei, ancêtre de la NTU qui fut établie en 1928. Mises bout à bout, les forêts universitaires représentent 1% du territoire national.
 
Les autres universités du pays possédant des départements de foresterie sont d’un côté l’Université nationale de Chiayi et l’Université nationale des Sciences et des Technologies de Pingtung, au sud, et de l’autre l’Université nationale d’Yilan et l’Université privée de la culture chinoise (CCU) de Taipei, au nord. « Ensemble nous formons un réseau national d’éducation à la foresterie, indique Wang Yi-chung [王義仲], directeur du département des forêts et de la conservation de la nature de la CCU. Ce dernier est en charge de la forêt de l’établissement, la forêt expérimentale Hualin, située dans le quartier de Xindian, à New Taipei.

Les programmes de reboisement redonnent vie à des paysages dénudés d’anciennes zones forestières. (Aimable crédit de l’administration de la forêt expérimentale de l’Université nationale de Taiwan)

Etant gérées par les universités, les forêts expérimentales de Taiwan sont régulièrement visitées par les élèves et étudiants du pays et nombre d’entre eux y ont suivi des cours d’agriculture, de biodiversité et ou encore d’activités forestières récréatives. Entre 6 500 et 8 500 étudiants de la NTU se rendent ainsi dans la forêt de leur université chaque année et sur la dernière décennie, plus de 2,7 millions d’écoliers du primaire et du secondaire y ont fait un passage.
 
Les étudiants et les universitaires sont naturellement parmi les premiers bénéficiaires des ressources de leurs universités mais la sensibilisation du public est un autre élément essentiel de leurs missions concernant les forêts. La NTU a ainsi mis en place cinq espaces dédiés à l’accueil du public dans ses forêts, comme le Parc naturel éducatif de Xitou, l’un des hauts lieux du tourisme à Taiwan. Le nombre de visiteurs annuels y a d’ailleurs dépassé les 2 millions ces dernières années. Les quatre autres espaces, à Dongpu, Fenghuang, Heshe et Xiaping, suscitent de plus en plus l’intérêt des amateurs de randonnée et d’activités en plein air, dont la popularité ne cesse de croître ces derniers temps.

Les populations locales

L’éducation est seulement l’un des multiples rôles que les forêts expérimentales jouent dans la gestion des espaces forestiers de Taiwan. Protéger les habitants locaux, humains et non humains, est également une priorité et le travail de la NTU en est un bon exemple. En 2004, ses administrateurs ont commencé à appliquer une nouvelle série de mesures concernant la gestion des espèces d’arbres rares, avec par exemple la mise en place d’un système d’inscription et d’une banque d’information permettant d’enregistrer la hauteur, la taille, la condition et la localisation de chaque spécimen placé sous l’autorité de l’université.

Le bois produit localement est mis à profit dans le Centre d’utilisation du bois de la NTU. (Aimable crédit de l’administration de la forêt expérimentale de l’Université nationale de Taiwan)

Des réserves naturelles ont été établies à travers la forêt, notamment à Duigaoyue, Fenghuangshan et Yashanping. Elles visent respectivement les cyprès rouges, les machilus à grandes feuilles et les castanopsis, ainsi que les Taiwania cryptomerioides. Mais ces lieux accueillent également une foule d’autres organismes. A Fenghuangshan, de récentes études ont permis d’y déceler 50 types de plantes, 161 papillons et 77 oiseaux rares ou menacés. Parmi ceux-ci, 20 espèces végétales et 17 espèces animales sont endémiques.
 
Sur le territoire de la forêt expérimentale de la NTU vivent également plus de 9 100 personnes, la plupart étant membres des peuples autochtones Bunun et Tsou. Les autorités universitaires placent la stimulation de l’économie locale, l’augmentation des opportunités d’emploi et la préservation des cultures traditionnelles au cœur des efforts de développement. La création d’un système conjoint de gestion des ressources et d’un forum destiné à régler les conflits qui pourraient advenir s’est avérée centrale pour atteindre ces objectifs.
 
« Nous sommes la première université taiwanaise à initier de tels mécanismes collaboratifs en coopération avec les communautés autochtones locales, se réjouit Tsai Ming-jer. Il s’agit de reconnaître notre responsabilité sociale et la nécessité de travailler ensemble pour la terre sur laquelle nous vivons. »
 
L’administration de la forêt expérimentale de la NTU a financé de nombreux projets de protection du patrimoine bunun, diffusant les connaissances relatives aux tenues vestimentaires, aux modes d’habitation, à la langue, à la musique et aux traditions bunun. En 2014, des sessions de formation ont été organisées pour aider les habitants autochtones à acquérir des compétences spécialisées en menuiserie. Elles ont été suivies d’un atelier Makaskas (qui signifie « mains habiles » en langue bunun) où ceux qui avaient précédemment obtenu la certification ont pu générer des revenus supplémentaires en mettant à profit leur savoir-faire nouvellement acquis. « Nous travaillons également ensemble à la surveillance des forêts et à la réduction de l’exploitation forestière illégale », indique Tsai Ming-jer.

La forêt expérimentale Hualin de l’Université de la culture chinoise, à New Taipei, abrite des plantes telles que les camélias et des animaux parmi lesquels la petite grenouille d’arbre émeraude. (Aimable crédit du département des forêts et de la conservation de la nature de la CCU)

Faire bon usage des ressources forestières est une priorité pour le gouvernement étant donné que le bois d’œuvre utilisé à Taiwan est importé à 99%, ce qui représente 6 millions de mètres cube par an. A cette fin, l’office des Forêts, sous l’égide du ministère de l’Agriculture, promeut l’autosuffisance. Wang Yi-chung estime que cette politique est un compromis nécessaire après l’interdiction complète de tout type d’exploitation du bois des forêts naturelles qui avait été mise en place au début des années 1990. « Un usage responsable et durable n’est pas nocif pour l’environnement, estime-t-il. Si nous ne prenons aucune mesure, nous pourrions souffrir de graves pénuries en temps de crise. »
 
Conformément aux efforts de l’office des Forêts pour promouvoir l’économie forestière, Hualin accueille des stagiaires en charge de cultiver des fleurs et des champignons. C’est également un centre local d’apiculture. D’après Wang Yi-chung, les techniques forestières de précision bouleversent quant à elles l’industrie grâce aux technologies modernes. Dans le cas de Hualin, cela se traduit par l’usage de 10 drones qui peuvent effectuer des recherches dans des situations d’urgence ou encore surveiller les activités illégales. « Nous avons aujourd’hui les moyens et la volonté de protéger nos ressources naturelles tout en créant des opportunités économiques », assure-t-il. Avec les forêts expérimentales de Taiwan, le futur est entre de bonnes mains.

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